L'ennui d'un buisson.
Quelque chose se cache derrière l'ennui d'un buisson. L'envie de mourir comme celle de tout exploser, d'être invisible pour que tout le monde le remarque.
À tout moment, un lapin blanc pourrait sortir du buisson.
L'ennui est trop grand que pour ne pas le suggérer. Comment un buisson pourrait servir à autre chose qu'à cacher des lapins blancs? Depuis toujours, cette potentialité hante sa présence.
Mais le jour où ça arrivera, ça sera la fin du buisson.
On n'attendra plus rien de lui; on s'accoutumera de ses lapins, peut-être même deviendront-ils une nuisance à nos yeux.
Alors le buisson, il est malin -- il le garde pour lui.
Mais peut-être un jour, il en sortira un. Juste un. Peut-être même que personne ne le verra, le lapin et le buisson se feront un clin d’œil, et puis, gentiment, le buisson redeviendra buisson pour les siècles des siècles, sans rancune ni frustration.
Le buisson cache, mais surtout, il se cache lui-même, reste tragiquement pudique. Sa nature, c'est de ne pas la révéler.
Il reste contre le mur, il délimite les jardins ; c'est son travail alimentaire. Dans la nuit des nuits, il cache les contes des mille et une nuits