L'ennui d'un buisson.
Quelque chose se cache derrière l'ennui d'un buisson. L'envie de mourir comme celle de tout exploser, d'être invisible pour que tout le monde le remarque.
À tout moment, un lapin blanc pourrait sortir du buisson.
L'ennui est trop grand que pour ne pas le suggérer. Comment un buisson pourrait servir à autre chose qu'à cacher des lapins blancs? Depuis toujours, cette potentialité hante sa présence.
Mais le jour où ça arrivera, ça sera la fin du buisson.
On n'attendra plus rien de lui; on s'accoutumera de ses lapins, peut-être même deviendront-ils une nuisance à nos yeux.
Alors le buisson, il est malin -- il le garde pour lui.
Mais peut-être un jour, il en sortira un. Juste un. Peut-être même que personne ne le verra, le lapin et le buisson se feront un clin d’œil, et puis, gentiment, le buisson redeviendra buisson pour les siècles des siècles, sans rancune ni frustration.
Le buisson cache, mais surtout, il se cache lui-même, reste tragiquement pudique. Sa nature, c'est de ne pas la révéler.
Il reste contre le mur, il délimite les jardins ; c'est son travail alimentaire. Dans la nuit des nuits, il cache les contes des mille et une nuits
Poetry
5.
J'ai eu le choix
Entre des sous-terrains gris où chaque pierre porte un mot d'amour
Et une plage de sable fin où chaque grain est incertain
J'ai voulu un éclat immédiat
Contre la vérité du partage et du combat
Et comme j'ai cru mon cœur courageux de choisir la clarté
Alors que le sol où j'étais se laissait labourer.
Parfois, j'oublie que rien ne pousse sur le sable
Que la tendresse se fait attendre comme une reine
Que ma peau n'est pas faite pour le soleil que je convoite
J'oublie, et puis j'oublie à nouveau
J'attends, et puis je cesse d'attendre.
Les cendres que laisse le feu de l'impatience s'entassent
Et je constate à mi-chemin entre les deux choix l'impossibilité de faire le bon
Mais je reste là. Pour le moment, j'attends là.
Sur le point d’équilibre, au milieu de la balance.
Jusqu'à.
4.
On invite le silence à la table des rois. Il a mis un manteau et ne l'enlèvera pas.
Il esquive les plateaux et ne fait pas de choix. On lui dit de partir alors qu'il n'est même pas là.
Les convives se regardent et se demandent pourquoi leur a-t-on appris à être si courtois.
3.
Une pensée parmi tant d'autres,
Et celle-là, parmi toutes les autres, peut transformer le soleil en vide ardent
On choisit ce qui nous blesse, pendant que les autres font du canoë
L'artillerie est prête au combat, elle exterminera ce que je n'ai pas
De ce qui m'a vendu du rêve, j'en revend à prix plein, car mon père ne m'a pas vue, mon frère est parti, et le soleil qui brille dehors ne fait qu'accentuer la solitude dans mon cœur
Car pour moi, le soleil ne s'est pas levé
Pour moi, les prophéties ne se sont pas réalisées
Et on m'a donné des pierres quand je pleurais
On m'a donné à boire quand je coulais
2.
Mon âme erre, songe. Dans ce lieu profond où seule la tristesse peut aller, miroitent des jets de lumière, comme des rayons à la surface de l'eau.
J'essaie de masquer ses mouvements délicats à coups de slogans.
Comme un politicien, je préfère parfois une promesse impossible, une détermination abusive, ou une accusation, plutôt que de laisser la délicatesse se reposer.
Je peux préférer un courage meurtrier au vrai péril de la fragilité.
1.
La fille au bois portait tous les noms
Un cœur transparent enveloppé de son écharpe bleue
Qui volait au vent au dessus de son long manteau
Elle s'offrait en sons
Qui volaient pour se cristalliser à travers les cieux
Une paresse douce d'amour abandonné laissait son pouvoir entre nos mains
Un cadeau que notre condition ne pourra jamais livrer
Sans laisser échapper son cristal de nos yeux
Un décor de parfum froid encore sur nos lèvres
Qu'un baiser ne veut pas réchauffer
Derrière ses pas le mystère s'annonçait
Jusqu'au feuillage de l'été passé